Chapitre I : Ich Werde Dich Lieben

Chapitre I : Ich Werde Dich Lieben
Cette histoire commence un peu comme aujourd'hui à l'heure où j'écris ces lignes, mais plus loin d'ici. Dans un pays où l'histoire fait sa renommée et où elle y a laissé sa marque profonde. L'Allemagne. J'étais en voyage d'études cette année-là à Hamburg, ville portuaire du nord du pays. Je venais de quitter Munich où j'y avais passé l'été. Heureusement pour moi, ma famille d'accueil à Munich était de parenté avec celle où j'allais habiter à Hamburg durant l'année. J'avais donc eu la chance de les renconter durant les trois mois passés à Munich.

La famille qui m'accueillait chez eux, dans ce nouveau milieu, pour moi, déstabilisant, se nommait Schmidt.Un nom aussi commun en Allemagne que Tremblay au Saguenay! Il y avait Herr Hans Schmidt, Frau Frieda Schmidt, le jeune Jan Schmidt et Anja Schmidt, une jeune femme comme moi de 18 ans et des poussières. Nous allions ensemble à l'Université de Hamburg.
Cela étant dit, la maison des Schmidt se situait à quelques dizaines de minutes du campus universitaire et à trois stations de métro du centre-ville de Hamburg.

J'arrivai le deux septembre à l'aéroport et fût accueillit à bras ouvert par Anja qui m'attendait depuis notre dernière et première rencontre à Munich durant l'été. Elle était pétillante de joie et complètement emballée de me voir. Je l'étais tout autant qu'elle, à dire vrai ! Anja était une fille qui avait une façon de pensée proche de la mienne et le rapprochement entre nous deux se fit rapidement. Bientôt, l'on ne voyait pas l'une sans l'autre. Nous étions de vraies soeurs. Presque tous les soirs, nous parlions jusqu'à "pas d'heure" sous prétexte que l'on pratiquait mon allemand, car c'était bien le but premier de mon voyage ! Toutes les deux, nous appréciions la musique et le cinéma. Souvent, nous passions des journées à regarder des films et chanter à tut tête les hits du jour à la radio ! "Krone Hits : Wiiiiir sind die meiste Musik" criait-on à haute voix avec l'animateur radio !

Le premier mois passa très rapidement et sans même que je m'en rende compte octobre pointait timidement son nez, mais s'affirma clairement avec une baisse de température drastique.Nous dûmes mettre nos jolis manteaux d'automne spécialement achetés pour l'occasion durant les vacances d'été.

Le premier jour d'octobre sera gravé dans ma mémoire à tout jamais. Je revenais de l'école, c'était un mardi. Je marchais à travers le parc, sans vraiment me concentrer vers où je me dirigeais. Les écouteurs bien enfoncés dans mes oreilles, j'avançais d'un pas décidé vers je ne sais où, bien confortable dans ma bulle de chaleur. Je sentais très bien ma respiration faire de la fumée et ça faisait mon bonheur. Quelle agréable sensation, non ? Sentir le froid extérieur se frapper contre la chaleur du corps ! Ich werde dich lieben... Je regardais à droite, sur le lac, les canards se secouaient les ailes. dich lieben bis zum Tod... Je ne me rendais plus compte que j'étais en Allemagne. Werd ich lieben... J'étais de retour chez moi. bis ans Ende der Welt... Je chantais à voix haute, je ne pensais qu'à moi. Die Menschen werden sich lieben... Peu importe ce que je chantais, ni comment non plus. Vergessen und lie... BBANGG ! Arrrghh ! J'avais frappé un mur, ah non, c'était quelqu'un ! Sortie de ma rêverie un peu plus brusquement que prévu, je m'excusai d'abord péniblement, puis je levai les yeux vers la personne, mais je m'arrêtai au pantalon, oh non ! c'était un gars ! Devant le ridicule de la situation, je sentis mes joues s'empourprer et je changeai mon regard de direction... mais vers où ? Je ne pus que regarder mes pieds, comme une enfant. Je me trouvai alors incroyablement stupide. C'est à ce moment-là qu'il parla pour la première fois :

- C'est du Nena ?

Un peu interloquée par ce commentaire absurde, je pris quelques secondes avant de balbutier à l'affirmative :

- Ou... oui, oui. Ich Werde Dich Lieben.
- Ach nee ! J'aurais parié !

Soudain, l'intonation de sa voix me donna l'impression d'un déjà vu. Je levai finalement la tête jusqu'au visage. C'est là que je compris pourquoi. Il me fit un grand sourire et il tendit la main :

-Bill.

J'allais lui lancer un " Oui, je sais ça ! " ou "C'est peu commun pour un Allemand !", mais je me retins. J'embarquai plutôt dans son jeu de l'anonymat qui devait être dû à mon accent. Ou alors, au fait que je n'ai pas fait de crise d'hystérie au milieu du parc, c'était aussi une possibilité. Peu importe, il était là et me tendait la main poliment. Je ne savais pas à quoi engageait cette poignée de main, ni quels étaient ses intentions derrière ses allures inoffensives, mais ce jour-là, à ce moment-là, ma rationalité avait disparu et cela, je ne le regretterai jamais. Nos mains se serrèrent et je lui dis mon nom à mon tour: "Caroline". Du coup, il sembla être satisfait de ma réponse et je cru bon continuer mon chemin, car mon coeur battait à tout rompre, d'embarras, d'excitement et d'humiliation. J'avais bien chanté à tue-tête et foncé violemment dans lui. J'en oubliai même la langue, il me fallait tous les efforts du monde pour lui répondre avec un allemand crédible.

Juste lorsque j'aillais entreprendre un pas vers la rue Königestrasse, il m'appela par mon nom et me demanda :

- Tu es pressée ?

Il eut un mouvement maladroit avant de recommencer:

- Euh... je peux te tutoyer?

Je dus repasser la phrase une centaine de fois en boucle dans ma tête avant de comprendre ce qu'il m'avait dit. Mes émotions bloquaient l'accès à mon cerveau et tout mon corps était sur le mode "panique". Allez savoir pourquoi, c'était peut-être parce qu'il était la plus grande célébrité d'Allemagne ? Je ne saurais vous dire, mais les probabilités étaient très fortes.

- Ah ! oui, oui, c'est correct.

Il sourit encore une fois. Que je devais avoir l'air bête !

- Alors, es-tu pressée ?
- Je... non.. Je dois retourner chez moi seulement pour l'heure du souper...
- Je..., il rit, j'allais à un petit café au coin de la rue. Veux-tu m'accompagner ?
- Ah, c'est gentil, mais je n'aime pas le café.

Je lui souris, mais je me sentis plus stupide que jamais, mais c'était dit, c'était fait. Je venais de refuser l'invitation d'un des jumeaux célibataires les plus en vue d'Europe.. et peut-être du monde.

(écouter la chanson : Ich Werde Dich Lieben)
# Posté le mardi 01 avril 2008 18:02
Modifié le mardi 13 mai 2008 22:34

Chapitre II : Le Deuxième coup

Chapitre II : Le Deuxième coup
Je retournai à la maison de Schmidt, la tête pleine d'image et de sensation nouvelle. Les célébrités dégagent une telle aura ! C'est difficile à expliquer comment je me sentais ce jour-là. Un mélange de toutes sortes de sentiments inexplicables. Encore aujourd'hui, je ne peux vous dire ce qu'était cette émotion qui faisait trembler mon âme et qui me donnait l'envie de crier de toutes mes forces...
Bref, j'arrivai à la maison, Anja était au salon et jouait du piano. Lorsqu'elle m'entendit entrer, elle me lança son habituelle salutation moitié-française moitié-allemande : " Hallo meine Chouette !" Et je lui renvoyai mon " Liebe Grüsse !" avec un fort accent francophone. Je ne sais pas si je le dis différemment que d'habitude, mais elle arrêta soudainement de jouer et se tourna vers moi. Elle sourit et se précipita dans sa chambre en m'accrochant par le bras.
Lorsque la porte eut claqué, manquant d'arracher son cadre, Anja cria:

- Son nom ! Dis-moi son nom ! Raconte ! Raconte tout, tout, tout !

Je réalisai qu'elle devait m'avoir vu dans le parc durant ma rencontre avec le bel inconnu... C'était quasiment improbable, après avoir rencontré un jumeau Kaulitz dans un parc... tout devient possible ! Je lançai innocemment :

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Voyons ! dit-elle en me frappant le front, tu crois que tu peux me cacher quelque chose ?
- Donc tu m'as vu dans le parc.
- Ach ! Tu me voles mon plaisir !

Elle rit et je l'accompagnai.

- Allez ! Raconte, c'était qui ? Je le connais ?

Je ris de plus belle :

- Tu ne sais pas à quel point !
- Ah la la ! Arrête de m'faire languir et parle bon sang !

Je lui racontai donc ma promenade au parc en détail, en prenant bien soin de ne rien oublier. Puis, j'en vins à ma rencontre assez inattendue avec... je ne nommai évidemment pas son nom... il fallait faire durer le suspense ! Lorsque j'eus terminé mon petit récit, elle lança tout de suite:

- Son nom, il devait bien avoir un nom ce gars-là ?
- Euhh... voyons voir. AH oui ! ...Bill.

Je crois bien qu'à ce moment-là, elle lâcha un cri de surprise, mais je n'en suis pas certaine :

- Tu veux dire... le... Bill ?

Un seul coup d'oeil lui permit de savoir que je ne mentais pas...

- Oui.

Ah non. Rectification : c'est là qu'elle poussa un cri :

- AHHHHHHHHH ! ! ! Tu as refusé la demande d'un Kaulitz ? ! ?
- Mais je...
- Tu es folle ou quoi ?

Je ris encore, mais cette fois-ci, c'était plutôt pour évacuer la culpabilité que je ressentais à cause d'Anja. Au fond, c'était normal. Pas une seule fille au monde saine d'esprit ne dirait "non" à lui ou à son frère ! Effectivement, j'aurais peut-être dû dire "oui", mais le destin me prouva que j'avais tort.
Plus tôt dans l'année, Anja et moi avions conclu un marché, "tout ce qui se disait dans nos chambres, restait dans nos chambres ". Elle et moi étions donc clouées au silence absolu à ce propos. Au fond, ça faisait bien mon affaire, car j'avais honte de dire que j'avais refusé... mais bon, l'enfer est pavé de bonnes intentions. En fait, ce dicton ne marche pas du tout avec le contexte, mais peu importe ! Je l'aime bien.
Je disais donc que nous étions toutes les deux tenues dans le secret. Après deux jours, nous oubliâmes l'histoire et elle tomba vite dans la section "souvenir" du cerveau.

Ce ne fut qu'une semaine plus tard qu'elle fit surface à nouveau.
J'étais au café-étudiant de l'Université. L'école avait finalement débuté depuis deux semaines et Anja et moi avions déjà pris l'habitude d'aller y dîner lorsque nous n'avions pas cours l'après-midi. Ce jour-là, j'avais un livre français dans mes mains et le lisais avidement. Anja, elle, écrivait une recherche sur la petite table, c'était à propos de la biologie animal, il me semble.
Cela devait faire une heure que nous nous étions installées à notre table et je commençais à m'endormir sur ma lecture. Pour vaincre le sommeil, je commençai à observer les gens qui allaient et venaient dans le petit bistro.

C'est là que le destin frappa son deuxième coup.

À la caisse, un dix euros dans une main, le grand café de l'autre, la tuque, le coton ouaté noir et les megas-lunettes fumés se tenait quelqu'un de familier à tous, mais aussi un étranger plus mystérieux qu'un être humain normal. Bill. Il se retourna et je plongeai, par réflexe, la tête dans mon livre. De cette façon, il ne m'aurait jamais vu. Par contre, le sort a décidé que dans ce mouvement brusque j'accroche la petite table d'Anja à qui je fis rater une lettre de son travail et qui s'exclama haut et fort:

- Ah non ! Frei !

C'est donc cela qui attira malencontreusement son attention. Sans regarder de façon obsessive, il garda son regard dans notre direction. Ses lunettes cachaient ses yeux, mais je pus voir qu'il fronça d'un coup les sourcils. Son visage se radoucit aussi soudainement et il sourit. À mon grand étonnement, il ne quitta pas le café, mais se dirigea vers nous. J'eus un mouvement de recul, mais je me ravisai. Je pris donc une attitude plus naturelle. Anja me dévisagea avant de voir ce qui était la cause de mon agitation. Elle resta mystifiée sur l'image de cette célébrité qui avançait lentement à notre table.
Il s'arrêta à ma hauteur et sans me saluer, il lança :

- Il me semblait que tu n'aimais pas le café.

Je n'étais pas certaine de savoir s'il était sérieux ou s'il tentait une petite blague sous ses verres fumés, mais son sourire en coin qu'il tentait de cacher le trahit :

- Ah, mais je ne fais que lire ! lui répliquai-je.
- Et qu'est-ce que tu lis ?

Je regardais la couverture de mon livre et je me demandai si je devais lui lire en français ou le traduire en allemand. Je lui traduis lamentablement le titre du livre, le plus logiquement possible. Je rougis et il rit de bon coeur :

- Tu ne lis pas de l'allemand !
- Eh non !

Je lui souris de mon plus beau sourire en retour. Je ne sais pas s'il me trouva étrange ou vraiment trop intelligente, mais je crois que sur le moment ni lui ni moi ne pensions à juger l'autre. Ça me faisait un drôle de sentiment. Anja qui observait la scène eut la sagesse de ne rien dire et de garder ce précieux silence qui s'installa entre nous. En fait, je ne suis pas certaine que ce silence en était un. Il dut avoir duré une seconde maximum ! Finalement, il brisa ce "silence" avec une question un peu maladroite qui lui fit son charme :

- Si un jour, je t'invite à aller lire un livre dans une langue étrangère dans un café du coin, accepteras-tu ?

Je ne trouvai aucune excuse plausible à sa question et je ne pus jamais refuser. J'acceptai donc cette belle invitation qui avait eu les mots justes pour me toucher. Nous nous regardâmes une dernière fois avant qu'il ne quitte le café.
Après qu'il ait disparu de notre vue, Anja protesta :

- Frei ! Tu ne lui as pas demandé sur numéro !

Encore sur mon fameux nuage d'émotion, je lui répondus naïvement :

- Si le destin le veut bien. Nous nous reverrons...
# Posté le mardi 01 avril 2008 21:40
Modifié le vendredi 09 mai 2008 14:51

Chapitre III : Le précipice

Chapitre III : Le précipice
Je n'ai jamais rien demandé à la vie. Elle m'a toujours apporté ce dont j'avais besoin et je m'en satisfaisais amplement. Rien ne me manquait, rien ne me faisait désirer. J'avais l'impression d'avoir tout déjà essayée. Je n'avais pas de rêve de grandeur, la popularité m'était inconnue et la richesse était une matière qui ne m'intéressait pas. Ma vie a toujours été simple, dans la modération. Je vivais ma vie sans me poser de questions et j'embarquais tête première quand les opportunités se présentaient à moi. Rarement, je suis allée vers elle. Rarement, je me suis remise en question.

Soudainement, j'avais envie... J'avais tout d'un coup le désir d'avoir, de goûter, de sentir de nouvelles choses. Je me posais des questions, pensaient à mon futur, à la vie en générale. Je revoyais ma vie sous un nouvel angle. Je croyais en un nouveau dieu, moi. Moi, aidé par un merveilleux concours de circonstances et de hasard, le Destin. Celui que je traçais chaque jour, à chaque décision que je prenais, à chaque pas que je faisais, à chaque mot que j'écrivais, à chaque seconde que je respirais et à chaque émotion que je vivais.
Pourtant, mon côté rationnel me tapait les doigts. "Reste neutre, disait-il, reste neutre !"

C'était impossible. J'avais le vent dans les voiles et j'avançais à toute allure vers un avenir qui m'était inconnu pour la première fois... pour la première fois de ma vie, j'avais perdu le contrôle. Et j'aimais ça.

Inconsciemment, je demandais... je demandais... de le revoir. Sans le chercher, mon âme vibrait d'envie de le revoir, je voulais croiser son chemin à nouveau !

Anja remarqua -évidemment!- ce léger changement qui dans ma tête avait l'ampleur d'une bombe atomique...

***

Le lendemain, lorsqu'Anja et moi marchions sur la rue principale pour retourner chez nous, elle me fit pensivement une remarque :

- Tu sais, Frei. Depuis toutes ces années que j'habite à Hamburg, je n'ai jamais croisé, ni même vu un membre du groupe... et toi, en l'espace d'une semaine et demie, tu le rencontres deux fois ! Sérieusement, soit tu as beaucoup de vaines, soit la vie t'envoie un signe !

Je ne lui répondis pas et je ne crois pas qu'elle attendait une réponse non plus, mais cette remarque me fit beaucoup plaisir.

***

Je croyais que ces rencontres n'étaient pas le fruit du hasard, mais l'oeuvre du Destin, du mien. Ce n'était pas pour rien que j'avais choisi ce chemin et ce café-bistro plutôt qu'un autre... J'étais persuadée que je le reverrais bientôt.
Deux longues semaines passèrent avec l'infime espoir que je le reverrais traverser la rue, acheter un café, marcher dans le parc, mais il n'y était jamais. Introuvable. Vers la fin de la deuxième semaine, je l'hallucinais littéralement partout. Puis subitement, j'arrêtai complètement d'y penser, je fis mon deuil de mon destin qui m'avait joué un mauvais tour. Ah qu'il était méchant !

Malgré tout, la vie continuait son cours et les professeurs continuaient les leurs aussi ! Mes travaux s'empilaient sur le coin de mon bureau et je tentais de suivre la cadence de peine et de misère. Je tiens à dire que mon allemand était loin d'être parfait et j'avais encore de la misère à bien rédiger mes travaux. Heureusement, Anja passait derrière moi pour corriger mes fautes !

Un soir, alors que je travaillais avec elle sur la table de la cuisine et qui Frau Schmidt faisait le souper, aidé du petit Jan - quatorze ans ! -, Anja me demanda :

- Au fait, as-tu amené le livre de français que tu lisais la semaine dernière ?
- Ah zut ! Je savais que j'avais oublié quelque chose ! Il est dans ma case, à l'école.
- Ce n'est pas grave, je vais aller le chercher...
- Non, je vais y aller. C'est ma faute.

Frau Schmidt nous coupa :

- Les filles, le souper est presque prêt. Vous finirez tout ça après. Rangez vos choses et mettez la table.

Nous fîmes ce qu'elle nous demanda immédiatement. Nous soupâmes tranquillement et à huit heures, je quittai à pied pour l'Université.

L'école était toujours ouverte le soir, mais j'avoue qu'un frisson me traversa l'échine quand j'entendis mes pas faire écho dans le corridor. C'était comme un film d'horreur ! Peu importe, je me rendis à ma case au deuxième étage. Je pris mon livre rapidement et fit de la marche rapide jusqu'à un corridor plus éclairer. Je me faisais des peurs, c'était le silence dans l'école mise à par moi et les néons qui faisait le même bruit subtil et agressant. C'est là que j'entendis une case claquée, bien normal, mais je sursautai sévèrement. Mon coeur avait arrêté de battre complètement ! Je passai donc très vite devant le couloir adjacent. Là se trouvaient les responsables de mon arrêt cardiaque, mais ne les regardai même pas.
À ma plus grande surprise - et frayeur ! - j'entendis des échos de pas me suivre dans le corridor et s'arrêter :

- Caroline ?

J'arrêtai tout ce que je pouvais être en train de faire : marcher, penser, respirer, exister...
Cette voix... familière et inconnue, toujours la même, qui hante mes pensées pour quelques phrases adressées à mon endroit.
"Est-ce que je me retourne ou je continue mon chemin ? Suis-je assez folle pour continuer et l'ignorer ? pensai-je."
Je sentis mon pas se déplacer vers l'avant comme pour continuer à avancer, mais ma tête tourna au dernier moment et je me retournai vers lui. Il ne devait pas être certain que ce soit moi, car lorsqu'il vu mon visage, il sourit. Je ne pus même pas m'empêcher de lui sourire en retour.
Une autre voix s'éleva du corridor. Je ne le voyais pas :

- Tu joues à quoi, là ?
- Attends-moi, deux minutes.

Il s'adressa alors à moi :

- Qu'est-ce que tu fais ici ?
- J'avais oublié un livre, ici.

J'avais dit cette phrase comme si ma réponse était une évidence même, mais ce n'était pas le ton que je voulais lui donner. Je repris sur-le-champ, sans faire de pause :

- Et.. et toi ?

Il eut un sourire un peu gêné, il regarda au sol et revenu vers moi. Ce n'est qu'à ce moment que je remarquai qu'il n'avait pas ses immenses lunettes pour lui cacher les yeux, ni son gros pull ni sa tuque, il était lui-même et décontracté. Ses yeux vinrent chercher les miens et ils me volèrent une parcelle de mon coeur qu'il toucha du premier coup. Ça ne fit pas mal, au contraire, c'était comme si l'esprit s'envolait, mais que le corps restait au sol incapable de bouger. Ses yeux marron me fixaient avec intensité et son petit sourire gêné était mignon à en mourir :

- J'ai un cours du soir d'anglais.
- C'est qui celle-là ? lança l'autre d'une voix impatiente.
- Tagueule et attend.
- Bon si c'est comme ça, je vais t'attendre dans l'auto et ne sois pas surpris si elle n'est plus là !
- C'est ça, c'est ça !

Je demandai :

- Tu ne ferais pas mieux de partir maintenant ?

Il sourit apparemment amusé :

- Non non, je connais mon frère, il ne fera jamais ça. Il sait que s'il me fait un sale coup... ma vengeance va être pire !

C'était donc son jumeau dans le corridor ! Tiens, tiens, très intéressant ! pensai-je. Puis, il y eut un autre de ces silences où je ne fis que sourire timidement à son commentaire.

Je ne savais pas vraiment quoi lui dire, nos rencontres étaient si courtes et anodines que je n'avais jamais eu le temps de penser à la prochaine conversation. À ce moment précis, devant lui, aucun mot ne me venait à l'esprit. Et soudain, la réalité me sauta au visage :

Je savais beaucoup de choses sur lui, plus qu'il ne pouvait se l'imaginer ! Il y avait un an de cela, à cette époque, j'étais une très grande fan de ce groupe. Je savais tout sur eux, TOUT. C'était même grâce - ou à cause !- d'eux que j'avais découvert ma passion pour la culture allemande et si je me trouvais en ce moment-là en Allemagne, c'était de leur faute.

En fait, je le connaissais indirectement. J'avais vu des photos de lui étant très jeune, voir même bébé et j'avais suivi son parcourt de vie à partir de l'âge de treize ans, à maintenant. Je savais ce qu'il aimait, ce qu'il détestait pour mourir, à quoi il était allergique, ce qui le faisait sourire, ce qui le rendait de mauvaise humeur, ce qu'il faisait dans ces temps libres... Sans jamais l'avoir vu de mes yeux, je savais qu'il avait trois tatous, deux piercings, à quel âge il les avait eus et à quoi ils ressemblaient. Je savais sa date de fête, son âge, sa couleur naturelle de cheveux, sa marque préférée, son artiste préféré, sa matière scolaire préférée - et celle qu'il haïssait aussi - son plat préféré, ce qu'il aimait chez une fille, à quel âge il avait embrassé pour la première fois, je savais le nom de cette fille, de sa mère, de son père, de son beau-père, de son chien, je savais ce qu'il pensait de ceci ou de cela...
Lui me voyait pour la troisième fois dans sa vie. Je lui étais totalement inconnue. Il connaissait mon nom, il savait que j'allais au café étudiant, que je lisais des livres dans une langue étrangère et s'il avait un peu le sens de la déduction : que j'étudiais à l'Université de Hamburg. Et c'était tout.

C'est à ce moment que je compris l'immense précipice qui nous séparait.
# Posté le mardi 08 avril 2008 17:27
Modifié le jeudi 08 mai 2008 11:38

Chapitre IV : Le Marstall d'Arhensburg

Chapitre IV : Le Marstall d’Arhensburg
- Il se fait tard, non ? dis-je en brisant le silence de ma réflexion.

Lui aussi sortit de ses pensées et me sourit pour la énième fois. Un sourire angélique et sans malice qui avait dû le sauver de nombreuses situations embarrassantes dans le passé... et saurait le faire dans le futur.

- C'est vrai ! lança-t-il calmement. Je te raccompagne ?

Il leva un sourcil... qu'est-ce qu'il insinuait ? Ça m'était égal, j'étais sous l'emprise de son charme. Sans répondre, je jouai le jeu. Je fis volte-face et continuai mon chemin. Au fond de moi, je voulais qu'il me suive, mais je n'entendais rien. Rien que moi, le bruit de mes pas. Déçue, j'étais morte de honte d'avoir espéré. Soudainement, une voix à côté de moi, tout proche, s'exclama :

- Dit donc ! Tu fais autant de bruit en marchant que mon frère ! On dirait un vrai mastodonte !

Je le regardai de biais et lui assenai un léger coup d'épaule en rigolant :

- Franchement ! Ça se dit à quelqu'un ça ?
- Je ne sais pas, mais vaut mieux dire la vérité tout de suite !

Je ris timidement. Il m'amusait.

- Alors, fit-il, où on va ?
- Eh bien, moi je comptais rentrer chez moi.
- C'est loin d'ici ?
- Non, non. Je suis venue à pied.

Bill m'observa de ses profonds yeux marron, je détournai doucement la tête et je sentis son regard me brûler. J'étais figée sur place, seules mes jambes continuaient mécaniquement de mettre un pied devant l'autre.

- Et si tu m'accompagnais jusqu'au stationnement ? Comme ça, on aurait le temps de parler un peu.

Ça y est, j'étais rouge... rouge tomate. J'en étais certaine. Quelle honte ! Je réussis quant même à m'extraire quelques mots de ma gorge muette :

- Ça me ferait plaisir.

J'acceptai donc de l'accompagner jusqu'à la voiture de son frère. Nous commençâmes à marcher plus lentement, sans s'en rendre compte. L'heure était avancée, mais je ne m'en souciais guère.
Je ne parlais pas, je ne savais pas quoi dire, ni comment agir. Cependant, n'importe qui, qui connaissait moindrement le groupe savait qu'il était un grand parleur et que les silences ne duraient pas longtemps s'il avait quelque chose à faire savoir. Comme de fait, il combla rapidement le silence ; les mains dans les poches et un peu moins à l'aise que je ne l'aurais cru :

- Donc... tu étudies ici ?
- Si « ici » signifie l'Université, oui.

De mon côté, je me trimbalais calmement. Mon sac à dos en bandoulière valsait au rythme de mes pas. J'avais les cheveux lousses et dans ma tête, j'avais l'apparence de la plus belle des actrices de cinéma. Je n'avais aucun défaut... que des qualités. Oh ! et quelles qualités ! Les plus belles, les meilleures ! Je me sentais si bien, si appréciée ! Je sentais qu'il voulait être ici, avec moi. Pas parce qu'il était célèbre ou riche, non. Parce qu'il me plaisait, et j'avais l'impression que c'était réciproque.

- ... et tu étudies en quoi ?
- Ça va te paraître ridicule !
- Ahh, râla-t-il, voyons !
- J'étudie la culture allemande...

Il rit :

- Ah ! cela... je ne m'en attendais pas !
- Je te l'avais dit que tu trouverais ça ridicule !
- Biensûre que non ! Au contraire, je respecte ça ! Moi je n'aurais pas le courage et la patience que tu as.
- Mais il n'est pas question de ça, moi, j'aime ça.
- C'est ce qu'il faut, me répondit-il presque murmurer.

À partir de là, nos sujets de conversation divaguèrent. Nous marchâmes un bon cinq minutes avant d'arriver dans le stationnement. Bill avait un fin sens de l'humour. Je ne me souviens plus comme le sujet de discussion y était arrivé, mais il était venu à me raconter une anecdote de l'un des premiers jours qu'il avait passés à Loitsche, la ville où il a grandi. C'était si drôle que lui-même avait de la misère à finir l'histoire. Moi, je n'arrivais presque plus à marcher.
C'est en riant à s'en dilater la rate que son frère nous aperçut ensemble pour la première fois. Il agita ses lumières d'auto pour signaler sa présence à son jumeau. Ce dernier s'arrêta devant le gros Cadillac noir, imité par moi, et reprit son souffle, incapable d'arrêter son fou rire. À vrai dire, je ne crois pas avoir entendu la fin de l'histoire !

- Tu... tu fais quelque chose le trente et un ?
- Non. Je n'ai rien, mais...
- Mais quoi ?

Je pensais à Anja, avait-elle prévu quelque chose, elle ? Suivant mon instinct, je rectifiai :

- Ah, non, rien.
- Parfait, parce que... je voudrais savoir... il y a un party au Marstall d'Arhensburg...

Incapable de retenir ma surprise, je le coupai :

- Dans une écurie ?
- Oui... En fait, non. Ce Marstall est très vieux. Il a été rénové, c'est une salle de réception maintenant. Voudrais-tu venir avec moi ?

Si je m'attendais à ça ? Pas du tout! Mon c½ur avait arrêté de battre, c'était la toute première fois qu'on m'invitait – peu importe où – ! J'allais lui répondre avec une joie peut-être exagérée quand mon cellulaire qui sonna me sauva la manche !

- Hallo ?... Ah salut !... Oui oui, je vais bien, toi ?... Non, pas besoin, je suis en chemin... Frau Schmidt ?... Non, dis-lui de ne pas s'inquiéter... j'arrive, je marche là. Je suis en route ! ...Ok merci !... oui à tout à l'heure... bye.
- C'était qui ?
- Mon amie, Anja. J'habite avec elle et sa famille. Frau Schmidt commençait à s'inquiéter. Elle se demandait où je pouvais bien être.
- C'est normal... est-ce qu'on peut aller te reconduire ?

Son frère baissa la fenêtre et sortit sa tête de l'auto :

- Qu'est-ce qui se passe ?
- Est-ce qu'on peut la ramener chez elle ? Elle est en retard.

Toujours de son 4x4, il s'adressa alors à moi :

- C'est loin d'ici ?
- Non, c'est dix minutes à pied. C'est vraiment tout près.
- Okay, fit-il, allez. Embarquez. C'est toi qui nous guides!

Nous montâmes dans le siège arrière de la voiture. Bill nous présenta l'un à l'autre – toujours comme si je ne le connaissais pas ! – non, mais ! Je leur indiquai mon adresse et nous partîmes.
Jamais, au grand jamais, je n'avais embarqué dans la voiture d'un inconnu. Ma mère m'avait toujours sévèrement sermonné sur l'importance de connaitre le chauffeur... Bon évidemment, vous vous dites : « Et les taxis ? ». Ce n'est pas la même chose ! Allez savoir pourquoi ce soir-là j'avais accepté aveuglément son offre. Une fois de plus, mon innocence avait pointé le bout de son nez au bon moment et j'avais accepté.
Dans la Cadillac, il faisait noir, j'étais assise au milieu et j'indiquais les rues où tourner à notre joli chauffeur – mais pas autant que mon copassager qui était assis sagement à côté de moi ! Lorsque l'on arriva à la maison des Schmidt, Bill débarqua pour me laisser passer. Je les remerciai et quand j'aillais les quittés, il me retint doucement par le bras :

- Est-ce que je peux compter sur ta compagnie le 31 ?
- Avec joie... murmurai-je le souffle cour.
- Attends. Dernière chose... je peux avoir ton numéro ? Je ne veux pas prendre la chance de ne pas te revoir avant le party.

Il attendait de me revoir ? Lui aussi croyait à ce drôle de hasard ? Je souris, et lui nota mon numéro sur un bout de papier. Ma tête bourdonnait, j'étais trop heureuse. Maintenant que cela était fait, je ne savais pas comment le quitter. Je lui fis un « bye-bye » de la main et il me le rendit. Il semblait aussi embarrassé que moi et cela me rassura.

Après nos curieux adieux, je rentrai à l'intérieur de la maison, il devait être proche de onze heures et demie. Toute la maison dormait, sauf Anja qui me sauta au cou et me chuchota:

- Ne me dis pas que... non, viens dans ma chambre, là on pourra parler en paix !
# Posté le mardi 15 avril 2008 21:03
Modifié le mardi 13 mai 2008 22:36

Chapitre V : Passion cachée

Chapitre V : Passion cachée
- Sais-tu ce que c'est que le party du Marstall d'Ahrensburg ?!?
- C'est quoi ? Un porn-party ?
- Ben non ! Ne fais pas l'idiote !
- On ne sait jamais !
- C'est LA plus grosse fête d'Halloween organisée en Allemagne !
- T'exagère pas... un peu ?
- Peu importe ! Toutes les vedettes d'Hamburg y sont ! En tout cas, les plus hot ! Tu ne sais pas la chance que tu as.
- Ohhh oui, crois-moi.
- Non ! Je ne parle pas du gars, moi ! N'importe quelle fille d'Allemagne tuerait pour avoir ta place à ce party. Il y a même un concours pour gagner deux places au Marstall...

Anja était mille fois plus enthousiaste que moi. Allez savoir pourquoi ! C'était assez compréhensible, je croyais que c'était un rêve. Je m'attendais de me réveiller d'une minute à l'autre dans mon lit avec le cadran qui me gricherait une chanson matinale d'Herbert Groenemeyer... mais je ne dormais pas. Le réveil sera pour plus tard ! Pour l'instant, j'étais assise sur le lit d'Anja qui était face à moi et ne cessais de jacasser. Très loin dans mes pensées, je ne l'écoutais plus... Soudainement, je regardai l'heure... Ah merde ! il indiquait 3 :05 am.

- Ah non ! Trois heures ! Anja, ta mère serait morte de fureur si elle nous voyait debout à cette heure !
- Ah zut ! Vite, va te coucher ! On se voit demain matin, p'tite chanceuse !
- Bonne nuit !

Es ist ok... schrrrr es auf dem Weg... schhrrrrissst sonnenzeit...
(écouter la chanson)

Vendredi... courage. Courage. Je me frottai les yeux avec le revers de ma main. Déjà sept heures? Dieu que le temps passe vite !
Manquant visiblement de sommeil, je me hissai hors de mon lit, me trainai jusqu'à ma garde-robe et m'habillai au hasard. Dans le corridor, j'entendais Jan courir de droite à gauche, en retard comme d'habitude.
Je descendis à la cuisine en essayant d'effacer les traces de sommeil encore plaquées sur mon visage. Les yeux mi-clos, je manquai trébucher dans les escaliers à cause je Jan qui me coupa à une vitesse incroyable.

- Tschüüüüüüssssss ! me cria-t-il.
- Tschüss ! Bonne journée, lui répondis-je.

À la table, Anja grignotait une toast avec le même air fatigué que moi. Lorsqu'elle m'aperçut, elle s'exclama en élevant et baissant ses sourcils incessamment :

- As-tu fait de BEAUX rêêêêvess ?

Soudainement, mon estomac se noua, les évènements d'hier me revinrent en tête. Dire que je m'étais levé sans y penser ! Aïe, aïe, aïe ! En me voyant rougir en pensant à lui, Anja s'exclama :

- Ne me dis pas que tu viens de t'en rappeler ? C'est la meilleure !

Durant qu'Anja se payait bien ma gueule, je me cassai des ½ufs dans la poêle. J'entendis alors la porte d'entrée s'ouvrir. Puis, Jan apparut dans l'entrebâillement de la porte.

- Qu'est-ce que tu fais là ? lui lança sévèrement sa s½ur.
- Du calme ! s'écria-t-il irrité. J'ai manqué le bus !
- C'est pas croyable ! soupira Anja complètement exaspérée. Et tu crois que j'ai le temps, MOI, d'aller te reconduire à l'école ?
- Ben je...

Avant que la conversation dégénère, j'intervins :

- J'ai le temps moi. Je vais aller te reconduire, Jan. D'ailleurs, je passe par là.

Il me sourit. Je n'étais pas une deuxième s½ur pour lui. J'étais une alliée. Anja, elle, ça ne servait à rien d'essayer, elle ne pouvait se battre contre ses pulsions destructrices qui se concentraient toutes sur son jeune frère.

- Va dans l'auto m'attendre si tu veux. J'engloutis mon ½uf et je te rejoins.

*Ж*


Dans la voiture, Jan me parlait de son professeur de français qui avait un horrible accent parisien qui le faisait toujours répéter les mots qu'il n'arrivait pas à prononcer.
Sur la lumière rouge, je regardai distraitement le conducteur à côté de moi. J'eus un sursaut. Dans son gros SUV noir, il m'observait à travers ses lunettes fumées. Il me fit un petit sourire en coin et leva deux doigts de sur volant en hochant la tête, qui voulait presque dire : « Je t'ai reconnu, t'es la fille à mon frère. » Puis le feu tourna vert et il démarra. Depuis notre première rencontre, il avait été assez froid.
Ce sourire avait brisé en moi un morceau d'une gêne ou d'un mur que mon esprit avait bâti entre lui et moi. Son air indépendant et haut dessus de ses affaires m'avait mis mal à l'aise sans que je m'en rende vraiment compte. Ce petit geste d'attention envers moi m'avait fait plaisir. Il reconnaissait mon « existence ».

- Tu le connais ? me demanda Jan.

En démarrant moi aussi, je lui répondis de façon évasive :

- Ohh, de loin seulement...
- Tu sais que c'est le guitariste du groupe préféré d'Anja...

Je me retournai vers Jan, étonnée.

- Elle ne te l'a jamais dit ! s'esclaffa Jan. Ahh ! Je savais qu'elle en avait honte !
- Tu veux rire de moi ?
- Non ! Anja est folle de ce groupe depuis leur début ! Elle a vu presque tous leurs spectacles qu'ils ont joués en Allemagne... je sais pas ce qu'elle leur trouve. Ce groupe est tellement de mauvais goût !
- Que je te voie répéter ça !
- Ah ! parce que tu es de son bord en plus !

Jan riait de plus belle, il n'arrivait plus à respirer. Après s'être calmé un peu, il m'expliqua :

- Anja a décollé toutes ses affiches quand elle a su que tu habiterais chez nous, elle avait peur que tu la juges par ce groupe. Parce qu'ici, il est aussi haie qu'aimer.

Soudain, une idée me traversa l'esprit. Je n'en parlai à personne, mais j'avais un petit plan qui prenait forme dans ma tête.

*Ж*


Le lendemain, samedi, Anja et moi avions prévu une journée de paresse, de relaxation totale. Comme de fait, c'est ce que nous fîmes !
Ce matin-là, j'avais laissé mon cellulaire à côté d'elle le temps que je prenne ma douche. Anja lisait une revue dans sa chambre et j'étais dans la pièce d'à côté.

Lass die Leute reden ... und hör ihnen nicht zu

Ma sonnerie, Die Ärtzte, un classique ! (écouter la chanson)

Comme de raison, Anja répond :

- Hallo ?... Frei n'est présentement toute nue dans la douche et chante du Nena à tue-tête. Elle est donc dans l'impossibilité de vous répondre actuellement. Veuillez laisser...

J'arrivai dans la chambre juste à temps pour entendre Anja déblatérer ses niaiseries sur MON téléphone.

- Anja ! m'exclamai-je. Donne-moi ce téléphone IMMÉDIATEMENT.
- Qu'est-ce qu'on dit ?
- ANJA !
- Okay, okay ! ria-t-elle en me le lançant.

Je pris mon cellulaire :

- Hallo ?
- ... hallo, Caroline ?

Il fallait que ce soit lui...

- Je te dérange ?
- Non, non !
- ... parce que je peux rappeler plus tard. T'as qu'à le dire !
- Non, non. Je te jure, tu ne m'déranges pas du tout ! C'est ma coloc qui déconne... faut pas toujours l'écouter...

Je l'entendis rire un peu. OUFF ! Sauvé !

- Je t'appelais simplement pour savoir si tu n'avais pas été trop sévèrement punie... j'avoue que je me sentais un peu coupable hier...

Il était si plaisant ! Il m'expliquait tout ça avec une maladresse qui le rendait irrésistible. En tout cas, moi, je craquais.

- Ne te sens pas coupable, le rassurai-je d'une voix douce. Ils étaient déjà couchés quand je suis rentrée. De toute manière, ils ne sont pas vraiment stricts sur les arrivées... un peu tardives comme avant-hier.
- Tant mieux ! fit-il avec un ton qui donnait l'impression qu'on le défaisait d'une lourde responsabilité qu'il ne supportait pas. Je n'aurais pas été fier de moi, si tu avais été privé de sortie. Ça n'aurait pas été à mon avantage !

Il se souciait de ça parce qu'il avait peur que je ne puisse être avec lui au Marstall. J'avais le c½ur qui me débattait et mes joues étaient brûlantes. Heureusement qu'il n'était pas face à moi. En pensant au Marstall, mon idée que j'avais eue dans l'auto refit surface. J'étais immensément gênée, je devais demander quand même ! Je m'enfermai dans ma chambre :

- Bill... demandai-je mielleusement.

Au même moment, j'eus un étrange sentiment. Il me semble que c'était la première que je l'appelais par son nom. C'était un premier pas.

- Oui... répondit-il sur le même ton.
- J'aurais une question, elle pourrait paraître impolie, mais je dois te la poser.
- Vas-y... demande ! me lança-t-il sur un ton amusé.
# Posté le dimanche 20 avril 2008 18:25
Modifié le samedi 24 mai 2008 19:10